Portraits of Frenchies #2 : La Fille qui n’aimait pas gâcher

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Je ne connais que des gens inhabituels.

Ma copine C² fait partie de ces quelques personnes que je vois toujours dans une ville différente, parce que nous sommes toutes deux en refonte perpétuelle de nos aspirations. 

Nous nous sommes connues à Londres, où j’habitais depuis environ un an, tandis qu’elle était venue étudier l’histoire de l’art dans le cadre d’un échange Erasmus. Elle écrivait un mémoire sur le motif du pont dans la peinture de Monet. Une amie commune, Σ², nous avait organisé une “blind date” amicale dans l’idée qu’on aurait des atomes crochus.

C² est repartie vivre à Paris, où nous nous sommes croisées quelques fois, mais pas tant que ça non plus. On a notamment manifesté ensemble pour soutenir le mariage gay. 

En septembre dernier, j’ai eu de ses nouvelles. Elle partait passer trois mois à New York, seulement deux semaines après avoir emménagé avec son amoureux à Paris. “Il a dû être touché”, me suis-je dit. Et j’ai aussi vachement rigolé, parce que je trouve ça génial de commencer la vie commune sur des bases claires. Le hasard avait voulu que je séjourne à New York en même temps qu’elle. Mi-octobre, on s’est donc retrouvées dans l’appart de Brooklyn où je passais la semaine, pour manger des pâtes en forme de lama. Le samedi suivant on a fait un pèlerinage au Zabar’s , l’épicerie fine chic et kasher de Broadway, parce que c’est là que Meg Ryan faisait ses courses dans “Vous avez un message”. C² avait la liste de tous les lieux que l’on voit dans le film. Ne me demandez pas pourquoi.

Elle a décidé au pied levé de venir m’accompagner à Philadelphie où je partais quelques jours plus tard. “Peut-être qu’on fera le tour de tous les lieux que l’on voit dans le film avec Tom Hanks”, ai-je pensé. Comme je ne savais pas encore où j’allais habiter (classique), elle a eu la bonté de nous dégotter un AirBnB avec la déco la plus moche du monde, mais l’hôte le plus chou qui soit. Du coup, on ne faisait pas trop attention aux dessins de fleurs fanées accrochés au mur (véridique).

C’est à Philadelphie qu’on est vraiment devenues amies, parce qu’on ne s’étaient jamais vues plusieurs jours consécutifs avant ce voyage. On a vraiment beaucoup ri. On se moquait de tous les objets moches de la chambre où on dormait, et Dieu sait que c’était une joie sans cesse renouvelée même après plusieurs jours.

C’est durant ce séjour que j’ai percé une des caractéristiques de C². Elle adore récupérer et elle déteste gâcher, surtout en matière de nourriture. Elle appelle ça “faire son intendance”. On était raccord là-dessus, parce que je ne suis pas la dernière pour le système D et les trucs gratos, mais je dois avouer que sur ce coup-là j’ai trouvé mon maître (je n’ose pas dire “ma maîtresse”, sinon ça fait bizarre.)

Déjà, C² est arrivée de New York par le bus avec un reste de quiche dans son sac à main. “Sinon elle n’aurait plus été bonne à mon retour”, m’a-t-elle expliqué, alors qu’elle prêchait une convertie. Quand on est allées à l’American Diner du quartier – où soit dit en passant on a passé des soirées mémorables – elle mangeait le ketchup à la petite cuillère. Là, j’ai commencé à la mettre en boîte: “Ben oui, c’est cadeau, autant en profiter!”

Le meilleur restait à venir. Un soir, nous nous sommes retrouvées à la fin de notre journée philadelphienne respective. Je lui ai raconté ma journée d’atelier de 5 Rhythms dance et mon attirance pour le prof de yoga gay dont j’adorais la couleur de peau. Elle, elle m’a raconté avec des yeux pétillants qu’elle avait pénétré dans un jardin communautaire où elle avait cueilli du persil et des tomates, et que ça avait bien agrémenté son pique-nique. C’est à cet instant qu’elle a accédé au rang de mes idoles. Dans la foulée, elle m’a dit qu’un de ses lieux parisiens préférés était le cimetière Saint-Vincent, à Montmartre, et qu’elle y avait déjà cueilli des figues avec lesquelles elle avait fait de la confiture maison. Suite à cette fabuleuse anecdote, je l’ai rebaptisée “La Cueilleuse urbaine”.

Après ces quelques jours enchanteurs, je suis rentrée à Londres et elle à New York.

A mon retour, j’ai reçu de ses nouvelles par email: “Je vais aller à la plage de Rockaway cet après-midi pour ramasser des moules!”

Ben voyons. Une mouclade à la new yorkaise.

Il n’y a vraiment qu’elle pour faire ça.

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