Love Letter To Paris

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That picture was taken on my way to the Bataclan last March, for a night called Crazyvores, a dance party with hits of the 80s. That’s the first and only time I’ve ever been there. I burnt the dance floor with my beautiful gay friends and I smoked outside with strangers who criticised my outfit. I can’t stop thinking about that typical soirée parisienne since Friday. There was a famous choreographer, Kamel Ouali, dancing in the crowd that night. He works for cheesy TV shows. After the events, the stupid thought that I could have been killed near Kamel Ouali if the attacks had taken place a few months ago crossed my mind.

Just like everyone in my circle, I have a personal story with most of the places that were targeted in the attacks of November 13th. I have nothing sensational to add compared to what was already said on TV, in the newspaper or in real life. “It could have been me”, or my sister, or my best friends, because I was hanging out in those neighborhoods which were the heartbeat of my Parisian life when I was living there and when I go back to visit. In those streets whose names are all familiar and where people like me got shot, I used to chill, walk, run, often very late at night or very early in the morning because I am a party girl. Rue Bichat, where two restaurants got attacked, I used to donate my blood. How ironic.

The victims whose face and story are gradually appearing in the news are for the most part 30 something, stylish, educated, arty. Like me. Almost all of them belonged to the creative class as my MA supervisor used to say, had stunningly interesting careers. Almost all of them are also incredibly beautiful, as if the most brilliant and attractive representatives of my generation had been casted for death. It feels like we naturally get more moved and disturbed when someone who dies was young and beautiful.

Therefore, although I’ve been a Londoner for five years – it was the fifth anniversary of my arrival in London three days before the events – all that’s happening to the people of Paris feels really close to me.

I love Paris.

I am regularly asked if I prefer London or Paris – what a silly question – and I always answer the same ready-made formula: “What’s not to love about Paris?” Then I nuance my argument and I explain that my life in London is economically, socially and fashionly easier, but that nothing makes me happier than reading Libération while drinking a café crème on the terrasse of a brasserie.

I love Paris.

Of all the places where I’ve lived, Paris is the only one where I ever had a legitimate sense of belonging, where I wasn’t too much on a “WTF am I doing here” mode, since I am kinda from there. Hang on. I am not a real Parisian for the real Parisians, as I was born OUTSIDE the périph (the ring road which separates Paris from its chic or less chic suburbs). I was born in Châtenay-Malabry and grew up in Meudon, which are both in the South West posh in a cool way suburb #9-2. Each suburb has a number which conveys different stereotypes.

Up the sidewalk of the house where I grew up in Meudon, if you stand on a certain spot, you can catch sight of the Eiffel Tower in the horizon. It probably marked my imagination as a kid. The Iron Lady was somewhere in the background of my childhood. So, overall, after living for 6 years in Paris suburb, 12 years in the Province (which is how everything that’s not Paris is called), 11 years abroad and only 3 years in Paris, I have the arrogance to identify as a Parisian, and I don’t think it will ever change.

Because I love Paris and Paris will remain.

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Portraits of Frenchies #1 : Le Type qui ne m’a jamais oubliée

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Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Facebook n’en était qu’à ses balbutiements.

J’étais étudiante en médiation culturelle à Paris 3. Poussée par mes copines américaines qui voulaient partager leurs photomontages bidons où David Hasselhoff était souvent à l’honneur, je m’étais créé un compte Myspace que je n’utilisais jamais. Sur ma photo de profil, je faisais la vaisselle en pleurant. Je me souviens exactement du contexte dans lequel elle avait été prise et de la raison de mes larmes.

Un jour de l’été 2008, je reçus un message d’un illustre inconnu qui se décrivait comme photographe amateur. Si ma mémoire ne me trahit pas – il faudrait que j’aille vérifier, si toutefois MySpace existe encore – il s’agissait d’une courte phrase comme “Et je t’ai vue…” Il avait trouvé ma photo inhabituelle et avait éprouvé le besoin irrépressible d’établir un contact.

Sans savoir pourquoi, j’ai répondu. Sans savoir pourquoi, on a commencé à dialoguer. Sans savoir comment, on s’est retrouvé dans un genre de pique-nique blind date sur le Pont des Arts. À Paris, c’était la mode du gaspacho et des pique-niques sur le Pont des Arts à cette époque. Je ne sais pas si c’est toujours le cas.

On s’est vus à plusieurs reprises cet été-là, je ne saurais dire combien de fois. On se retrouvait dans divers lieux de la capitale et on passait de longs moments à parler. Je lui racontais ma vie par épisodes. On avait même passé une journée à Meudon, la banlieue de mon enfance, pour faire un pèlerinage nostalgique des lieux où j’ai grandi: ma première maison, mon école maternelle de hippies, la boutique bio que tenaient ensemble ma mère et ma tante. Je trouvais étrange qu’il s’intéresse à ce type de trucs alors qu’il me connaissait à peine. Tout paraissait le captiver. Il était inhabituel aussi, dans son genre. Il semblait vraiment chercher à percer ce qui lui apparaissait comme un mystère. Finalement, peu de gens ont cherché à me connaître autant en détail que lui.

Il ne s’est rien passé de romantique entre nous, rien du tout, car j’étais sur la fin de ma période “Je-veux-avoir-un-copain-car-c’est-ce-que-font-les-filles-qui-portent-des-jupes.” J’ai explosé dans ma vraie direction l’année suivante. Ce fut magnifique, libérateur, mais éprouvant nerveusement.

Je ne sais plus comment on a perdu contact, je crois qu’un jour j’ai arrêté de répondre ou de donner des nouvelles. Il n’y avait pas eu d’incident particulier. Ma mémoire est floue.

Les années ont passé, je suis partie vivre à Berlin, un peu Paris, Londres, un peu New York (cf. colonne Where? de ce blog). Je n’ai pas été particulièrement facile à localiser.

Il m’a retrouvée sur Facebook en 2011, trois ans après notre rencontre, et m’a écrit pour reprendre contact, me racontant que certaines coïncidences continuaient à le faire penser à moi de temps à autres. Je n’ai trouvé son message qu’en 2013, en apprenant l’existence de l’onglet “Autre” de mes Messages privés (jetez y un œil, ça vaut le coup d’avoir des surprises de ce genre). On est ainsi devenus amis virtuels.

Il s’enquérait de mes visites à Paris, qui n’arrivaient jamais, afin qu’on se revoie enfin. Je trouvais émouvant qu’il ne m’ait jamais oubliée après tout ce temps, alors que notre amitié fut plutôt brève.

En novembre dernier – il y a deux semaines – mon grand retour parisien fut finalement programmé. Le dernier jour, on s’est donné rendez-vous pour déjeuner dans le 19ème arrondissement, mon fief éternel. On ne s’était pas vus depuis plus de six ans.

Je suis arrivée la première. Il n’avait pas du tout changé physiquement. Je pense que j’avais plus changé que lui. Je me sentais à des années lumière de celle qu’il avait connue alors. Bizarrement, j’ai eu le sentiment de revoir quelqu’un qui faisait partie de ma vie. Il m’a dit qu’il avait toujours continué à penser à moi, parce que d’une certaine façon c’est de moi qu’il s’était jamais senti le plus proche, ou presque, et que les moments qu’on avait passés ensemble lui restaient comme des souvenirs intenses, hors du temps et des conventions. Il m’a dit que mon originalité l’avait marqué, ou plutôt ma quête d’un mode de vie autre. Je ne m’étais jamais rendu compte de l’impact que j’avais eu dans sa vie, je n’en savais rien du tout. J’ai été reconnaissante qu’il m’en parle.

On devine rarement l’importance que l’on peut avoir pour les gens s’ils ne nous en font pas part. Il faudrait toujours dire à ceux qui nous marquent, nous influencent ou nous attirent ce qu’ils représentent dans notre vie, quel que soit le lien que l’on a avec ces personnes et quels que soient la force, la durée ou la nature de ce coup de coeur. Je questionne régulièrement mon utilité, comme la plupart d’entre nous je suppose. Je suis souvent traversée par la pensée parasite que je ne sers à rien. C’est euphorisant d’apprendre un jour par hasard l’impact parfois insoupçonnable qui a été le nôtre. Une fois n’est pas coutume, j’ai été touchée.

On a refait la genèse de notre rencontre. MySpace… La photo de la fille qui pleure en faisant la vaisselle.. Il a voulu savoir pourquoi j’avais disparu. “Ce n’est pas pour te faire des reproches…” J’ai compris qu’il avait besoin de comprendre. Je n’ai su que dire, car je ne me souviens de rien sinon que je me sentais très mal affectivement à cette époque. Les circonstances de mon évaporation se sont effacées de ma mémoire.

Comment résumer les six dernières années quand on a à peine donné de ses nouvelles? Faire une liste des déménagements, des pays, des villes? Lui dépeindre mon mélodrame lesbien grandiloquent en me forçant de ne pas y mettre trop de verve politique pour ne pas passer pour une Femen tout de suite? Lui filer l’URL de mon blog d’exploratrice urbaine en lui disant: “Tout est là”?

“Et, toi alors?”, me suis-je finalement aventurée après un bon moment déjà. Il m’a répondu en toute simplicité qu’il était marié et avait deux enfants. “Ah bon! Tu ne m’as rien dit!” -“Tu ne m’as jamais demandé.” Ouch. Il avait rencontré sa future femme plus ou moins au moment où j’avais disparu de la circulation. J’étais contente pour lui. Il était heureux mais m’a confié souffrir d’un manque d’espace de liberté mentale, de créativité. La logistique et les contraintes pratiques de la vie de famille semblaient lui peser. Il était ardemment à la recherche d’une gestion discontinue du temps. C’est sûr que je n’ai pas ce genre de problème. En même temps, j’ai 31 ans et pas l’ombre du début d’une idée de où, comment et avec qui je pourrais avoir des enfants – avec en sympathique bonus une mère dont le hobby est de militer pour que les gays ne se reproduisent pas. Y a-t-il un type de difficultés plus enviable, un style de vie qui prévaut sur l’autre? La réponse est non.

On a parlé un long moment. J’étais très en retard mais je voulais prendre le temps de reconnecter vraiment. Je lui devais bien ça après toutes ces années et la fin en queue de poisson que je lui avais infligée.

Il faisait toujours de la photo et a sorti son appareil au milieu de l’Avenue Jean-Jaurès en me demandant s’il pouvait faire mon portrait. On a manqué se faire écraser plusieurs fois tandis je posais au milieu de la circulation, c’était rigolo. On recommençait déjà à se marrer en situations incongrues.

Il m’a raccompagnée jusqu’à la porte. Je lui ai promis que je n’attendrais pas six ans de plus pour le revoir, et que je ne me volatiliserais plus sans explication. Il m’a dit qu’il m’enverrait les photos qu’il venait de prendre.

Je n’ai encore rien reçu.